Un jour, un des Saints #7

On repart aujourd’hui en Grande Bretagne aux temps des invasions scandinaves. Aujourd’hui encore, on va devoir donner dans le racoleur, avec des couronnes, du sang, et des larmes. Je suis désolée, mais Dura Ephemeris, sed Ephemeris  auraient dit les latinistes ! Et après tout, Proust n’avait-il pas dit qu’on écrivait toujours le même livre ? Demain, cela devrait se calmer en tous cas, je ne vous en dis pas plus à ce sujet, à chaque jour suffit son saint !

Mais traversons le temps, et rendons-nous tout de suite au IXème siècle. Sainte Marguerite d’Ecosse n’était pas encore née que la Grande Bretagne était déjà à feu et à sang. Les vikings danois traversaient déjà la mer du Nord, et ce, pas forcément pour faire une partie de cricket.

L’Angleterre d’alors était composée d’une myriade de petits états dont l’Est-Anglie, ou East Anglia, qui nous intéresse aujourd’hui. L’Est-Anglie correspond actuellement, grosso modo, au Norfolk (North Folk, gens du Nord) et au Suffolk (South Folk, gens du Sud). L’Est-Anglie est aussi plate que l’eau du robinet, « Morne plaine ! » aurait dit Victor Hugo. Et c’est véritablement « Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine » à l’époque.

Edmond, né vers 841 et mort en 869 ou 870, les avis divergent, fut le fier et bon roi de ce pays, peuplé d’Angles. Il subissait les attaques des danois pratiquement aussi souvent que Famille Chrétienne arrive dans votre boîte aux lettres, c’est vous dire. Mais Edmond rosse tant et tant les vikings que ceux-ci, qui n’étaient pas venus pour arrondir les angles, furent contenus tant bien que mal. Ironie de l’histoire, les Angles sont originaire du… Danemark ! Drôle de cousinade !

Danemark/Angleterre : 1-0

Famille ou pas, résistance ou pas, les danois préféraient marcher sur les autres plutôt que de se faire marcher dessus. Il redoublèrent d’efforts, et l’an de grâce 869 sonne le glas de l’Est-Anglie. La Grande Armée viking a sonné la fin du match à la bataille de Hoxne, à une bonne centaine de kilomètres au Nord-Est de Londres. Contrarier un viking, c’est jamais une bonne idée !

Anglie, oh Angliiiiie

Pour Edmond, fait prisonnier, le calvaire glorieux commence. Il ne connait que trop bien ces danois sans foi ni loi. Qu’allait-il advenir de son cher Etat ? Il aurait pu, en parodiant les Stones en un sanglot, chanter :

Oh Anglia, oh, Anglia, when will those dark clouds disappear ?
Oh, Anglie, oh, Angie, quand-est-ce que ces nuages sombres disparaîtront
Anglia, Anglia, where will it lead us from here ?
Anglie, Anglie, où cela va-t-il nous mener ?

 

Fait prisonnier, il renvoya son armée pour éviter qu’elle soit décimée toute entière, Edmond a des principes, se battre oui, périr inutilement, non. Mais justement, qu’allait-on faire d’Edmond ? On commence à connaître la réputation des vikings, qui ne faisaient pas dans la dentelle… Mais tout de même, ce n’est pas ici n’importe qui, c’est un roi ! On commença donc par lui proposer la vie sauve contre un traité de paix qui serait effroyable pour l’Est-Anglie, son wellfare, et sa religion. Plus qu’une offense, c’est une insulte que notre saint roi ne peut supporter. La sauce Worcestershire lui monte au nez, à défaut de moutarde. Le Suffolk allait suffoquer, or pour Edmond, cela toujours été « Anglie can » ! « Ed » monte au créneau et fit savoir que jamais au grand jamais il ne signerait ce traité.

Orgueil et royauté

Qu’à cela ne tienne, les danois ont tranché la question, si on n’a pas la peau du royaume d’Est-Anglie, on aura celui de son monarque ! On sacrifia donc Edmond sur l’autel de la violence : quelques coups de fouets en mise-en-bouche, puis on l’attache à un arbre, le crible de flèches, enfin on le décapite en guise de dessert… Ce programme effrayant laissa Edmond de marbre. A son bourreau qui s’avançait pour commettre lesdites atrocités, il dit en le toisant :

«Tu viens vers moi avec les mains encore tachées du sang de mes sujets. C’est la mort que tu mériterais. Mais je préfère imiter la clémence de mon Seigneur Dieu. Tu t’empareras sans doute de mon corps. Quant à mon âme, je saurai la garder indépendante et libre.»

Et paf, ça c’est dit !

L’histoire aurait pu finir là, sur cette punchline superbe. A tout seigneur tout honneur, Edmond méritait mieux.

Une histoire à en perdre la tête

Une fois Edmond charcuté, les vikings jetèrent sa tête dans un fourré, comme si c’était la poubelle d’un pique-niqueur indélicat. Mais comme pour Romus et Romulus, un loup avait décidé de s’en mêler, on n’allait pas en rester là. La tête d’Edmond, au lieu de se décomposer, restait miraculeusement intacte, et ce loup, pris d’affection, décidé de la garder et la protéger entre ses pattes contre les rapaces.

Pour toute sa carrière, Edmond eut plus qu’un Oscar, ce fut le premier saint patron de l’Angleterre, et était au final vénéré même par les danois nouvellement installés, avant de céder son titre envié à Edouard le Confesseur, puis saint Georges (terrasser un dragon, il faut dire qu’il est difficile de faire mieux). On représente souvent saint Edmond avec une flèche qui le transperce.

L’instant #JimpressionneDansLesDîners : et également dans les sacristies, pour le coup. En parlant de représentation de saint Edmond, savez-vous différencier saint Edmond de saint Sébastien, également mort attaché à un arbre et troué par une escadrille de flèches ? Oui ? Merci de votre lecture, et à demain ! Non ? Alors si vous voyez une couronne sur la tête du martyre, et un loup dans les parages, c’est Edmond, sinon, vous avez affaire à saint Sébastien !

A demain pour de nouvelles aventures !

 

 

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