Un jour, un des Saints #8

Mes Bien Chers Frères, Mes Bien Chères Sœurs, excusez ce ton un peu pompeux, mais il est tout de même fort à propos, car il est aujourd’hui question d’un disciple de saint Paul, cité dans sa lettre aux Romains, rien de moins !

Aujourd’hui nous fêtons, entre autres, les Rufus. Alors d’accord, vous me direz que les Rufus français ne courent pas les rues sur deux pattes, mais plus sur quatre. Et vous avez raison, selon le site Magicmaman, seuls 10 Rufus vivent en France, alors que j’aurais très bien pu vous parler de saint Dimitri (36.744 porteurs du prénom en France). Mais ne soyons pas chien, parlons aussi des prénoms confidentiels. Et puis si cela se trouve, vous vous êtes déjà dandiné sur la reprise d’Across the Universe par Rufus Wainwright, ou peut-être êtes vous fan du père d’Amélie Poulain, interprété par Rufus ?

 

Or donc, plongeons à pieds joints dans la Rome Antique, au temps des premiers Empereurs. Saint Paul avait déjà arrêté de manger du chrétien au petit déjeuner pour parcourir le Monde en annonçant la parole du Christ. Nous sommes donc à cheval entre le règne de Claude et celui de Néron.

A vrai dire, on ne sait que peu de chose sur son compère qui nous intéresse aujourd’hui. On sait qu’il est saint, on sait qu’il existe, mais c’est à peu près tout. Pourquoi alors ce battage médiatique autours d’un inconnu ?

Tout simplement pour rappeler que des saints dont on a largement perdu la trace, il y en a des dizaines et des dizaines, qu’il est tout de même cité par saint Paul et saint Marc, ce qui est tout de même un peu mieux que de figurer dans la rubrique des chiens écrasés ! Enfin, cela permet justement de rappeler à notre bon souvenir ses coreligionnaires.

Croix de foi avec deux palmes

Dans la lettre de saint Paul aux Romain, on trouve la trace de notre Rufus du jour au chapitre 16. Le chapitre 16, si vous le voulez, c’est en quelques sortes, les remerciements, le générique de fin de cette lettre. On y retrouve pêle-mêle les célèbres Prisca et Aquilas (disciples de saint Paul qui ont beaucoup bourlingué avec lui), des noms plus exotiques, mais importants, comme Epénète, premier asiatique à croire au Christ, Andronicos et Junias, compagnons de captivité de saint Paul, et d’autres encore moins connus mais au nom tout aussi saugrenu, comme Tryphène, Tryphose et Apellès, qui étaient au courant,  Stakys, et notre Rufus. Paul dit de notre saint du jour qu’il n’était rien de moins que choisi par le Seigneur en personne, et en profite pour faire un coucou à sa maman « qui est aussi la [sienne] ».

Passons maintenant à saint Marc, qui nous en apprend un peu plus sur la parenté de Rufus. La mention de notre saint du jour intervient au chapitre 15 de l’évangile selon saint Marc (verset 21, si vous êtes pressés d’aller jeter un coup d’œil). Carrément. Le chapitre 15, ce sont les derniers instants de Jésus dans sa Passion. Il comparaît devant Ponce Pilate, est condamné, coiffe la Couronne d’épines, meurt sur la Croix et est mis au tombeau.

Faisons donc un arrêt sur image au verset 21 (ou à la station n°5 du chemin de croix). Jésus, couvert de crachats, allait au Golgotha (Lieu-du-Crâne, ou Calvaire selon les traductions). Pendant ce temps, le père de notre saint Rufus, Simon de Cyrène, revenait tranquillement des champs, lorsqu’il croisa la route du cortège. L’histoire aurait pu s’arrêter là, si les soldats n’avaient pas enlevé Simon de sa rêverie d’un promeneur solitaire pour lui faire porter la Croix. Une légende raconte que ce Simon, originaire de Cyrène en Libye, serait le premier saint noir.

Le port de la Croix a été relaté également par Luc et Matthieu dans leurs évangiles, contrairement à Jean. Il faut dire que d’un point de vue purement historique, l’évangile selon saint Jean est postérieur aux trois autres, et écrit à une période ou des premières tensions apparaissaient dans les différentes « chapelles » de l’Eglise. Certaines d’entre elle affirmait que le Christ n’avait pas été crucifié, mais qu’on l’avait substitué au dernier moment. Un peu comme certaines polémiques à propos de la mort de Louis XVII en France. Rayer de la carte Simon de Cyrène, c’est un moyen pour saint Jean de couper l’herbe sous le pied à ses théories, et éviter ainsi que l’on puisse penser que c’est Simon qui s’est fait crucifier à la place de Jésus.

Toujours est-il que Simon de Cyrène est bel et bien attesté par saint Luc, saint Matthieu, et saint Marc. Néanmoins, seul ce dernier prend le temps de dire que Simon était le père de saint Rufus, et d’un certain Alexandre.

Alors en vertu un saint patron avec de telles relations, il faudra peut-être reconsidérer votre opinion sur ce prénom ? Rufus, un nom de chien ou un nom de saint ? Ne nous y méprenons plus maintenant, moi la première.

 

L’instant #JimpressionneDansLesDîners : Rufus vient du latin roux.

 

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