Un jour, un des Saints #11 – Flora

Ah Flora, quel doux prénom ! Un peu de printemps chantant dans cette brume neurasthénique de la fin d’un mois de novembre morne. Pardon, je divague. En parlant de vague, je suis heureuse aujourd’hui : si saint Clément, hier, a brassé de l’eau, je vais pouvoir aujourd’hui brasser autre chose que du vent. Pour une fois, il n’est pas question de légende, nous avons du concret, du factuel ! Mais quittons Rome où nous commencions à être établis depuis bien trop longtemps, et filons en Andalousie. « Passez-moi l’Inter, Flora ! »

Ah, Cordoue, fière cité andalouse, où le Guadalquivir exhale des effluves de roses et d’oranges, où les sérénades montent joyeusement aux balcons, tandis que les flamencos vibrants leur répondent. Ah belle et fougueuse Andalouse ! En vrai, je vous le jure,  Cordoue est une ville superbe, Cordoba es mas que un Seat para mi (Cordoue est bien plus qu’une Seat pour moi).

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E viva Cordoba !

Mais trêves de badinerie, et de tract touristique. Venons-en aux faits, rien qu’aux faits. Nous avons de la chance aujourd’hui, car la vie de sainte Flora a été directement racontée par un témoin de sa vie, de manière parfaitement exacte. Alors, pour une fois, pour la première fois dans cette illustre (en cette sainte Flora, lançons-nous des fleurs !) chronique, nous avons de vraies informations. Nous allons pouvoir faire comme saint Thomas et mettre le doigt. Et, hélas ! Cela fait parfois mal.

Floralies pour commencer

Flora, au teint de rose, à la fraicheur du jasmin, à la pureté du lys, est un modèle de foi contre vents et marées, un peu comme sainte Cécile, mais en moins exubérant. Flora fait dans le feutré.

Dans le Guadalquivir Doucement glissons ; De son flot charmant suivons le courant fuyant ; Dans l’onde frémissante, D’une main nonchalante, caressons le destin tragiquement beau de Flora.

Mais je m’emporte (des Lilas). Ah, ne lissons pas son portrait !

Flore à foison

Flora est née dans la Cordoue mauresque d’Abd al-Rahman II, au IXème siècle. Curieux et détonnant mélange que cette Flora : son père est musulman et sa mère chrétienne. Sous ce califat, les religions autres que l’islam n’avaient pas bonne presse. Si des chrétiens devinrent parfois même vizirs en terre d’islam, l’Andalousie de l’époque était extrêmement tatillonne, si l’on veut rester dans la litote. Les chrétiens non apostats étaient pourchassés et tués.

C’est dans ce contexte que grandit Flora. Son père étant mort jeune, sa mère l’éduqua dans la religion chrétienne. Bien que timide à ses début, son éducation dépassait les espérances maternelles si bien qu’on fut forcé de dire à Flora « tout doux avec ta foi, ou bien elle te perdra ». La foi bourgeonnante avait éclos, sainte Flore venait de s’épanouir pleinement. Elle allait jusqu’à donner tout son dîner à des pauvres pendant le carême.

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« Moi c’est Flora, la belle de Cordoue aux yeux de velours, chickachickachik aïe aïe aïe » – Le Titien ©DR

Ce tableau est très réjouissant -c’est même superbe !- mais en amatrice de Racine, cela manque un peu de tragique. Bougez pas, ça arrive ! Flora était heureuse dans le Christ, mais elle avait un frère musulman qui était l’archétype même de l’intransigeance du califat envers les chrétiens. L’oiseau dut quitter le nid en secret (quand je vous disais que Flora faisait dans le feutré) pour ne pas inquiéter sa mère et se réfugia dans un couvent. Mais son frère « bouffe-curé » découvrit bien vite le pot-aux-roses. En représailles, il fit de l’arrestation des clercs son passe-temps favori, à tel point que Flora, ne voulant pas que des religieux souffrent pour sa foi, se dit « ma foi, je rentre chez moi « .

De retour à la maison, son frère tenta de la convertir, d’abord avec des caresses, puis lesdites caresses devinrent disons… musclées. Mais Flora restait là, imperturbable. Cette rose était prête à coiffer sa couronne d’épine. Elle fut emmenée par son frère chez le cadi (sorte de juge, si vous voulez) et fouettée  avec une telle frénésie que l’on pouvait voir son crâne. Elle rentra chez elle à moitié morte. Le frère et le cadi s’étant dit que cette bonne leçon ramènerait Flora à la raison. Mais sa foi  jamais ne se fane ! Enfermée par son frère, elle parvint à prendre la poudre d’escampette et se cacha à Ossaria, chez des amis chrétiens.

Toute discrète qu’elle soit, Flore n’était pas du genre à se cacher derrière son petit doigt. Se terrer avec une foi aussi débordante, c’était flore de café ! Elle revint fièrement à Cordoue, et se rendit dans l’église Saint-Aciscle de Cordoue, où elle fit la rencontre de Marie, qui ne la quittera plus. Elles allèrent trouver le cadi pour lui faire un petit coucou, et rappeler leur foi à son bon souvenir. Il fallait se montrer au grand jour. Le cadi interloqué les jeta en prison, où elles se lièrent avec l’évêque de Cordoue, saint Euloge.

L’éloge d’Euloge en clap de fin

C’est lui qui, dans sa célèbre Exhortation au Martyre, a retracé la vie de Flora. Vers le 13 novembre 851, de retour devant le cadi une dernière foi, pour voir si elle voulait abjurer sa foi, elle répondit par la négative. « La foi est un oiseau rebelle, que nul ne peut apprivoiser. Et c’est bien en vain qu’on l’appelle s’il lui convient de refuser. Rien n’y fait menace et martyre. »

Pour le cadi, c’en était trop. Flora avait perdu la tête au sens figuré, et devait donc la perdre au sens propre. Le 24 novembre 851, la hache du bourreau s’écrasa sur le cou de nos deux jouvencelles, Marie et Flora. Leur corps restèrent pendant toute la journée sur le trottoir, servant de buffet gastronomique aux chiens errants et aux vautours. Les corps furent ensuite jetés dans le Guadalquivir.

« Ay ! Mort tu veux me prendre

sur la route de Cordoue. » Federico Garcia Lorca (local de l’étape, lui aussi).

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©C’est beau n’est-ce pas ?

L’instant #JimpressionneDansLesDîners : Si le corps de Marie a été retrouvé, on n’a jamais pu mettre la main sur celui de Flora.

 

Le soleil dévêt enfin son drap de nuage, ça y est ! Un coin de printemps en novembre, je vous laisse tranquille jusque demain !

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