Un jour, un des Saints #18 – Viviane

Dans notre galerie des saints, nous demandons aujourd’hui Vivienne ! Ou alors Bibiane, ou Viviane, voire Vivette, c’est comme vous préférez, tout est possible, mais alors le jeu de mots tomberait à l’eau.

En ce deux décembre, alors qu’on y associait pas encore un quelconque coup d’état, voyons plutôt un coup d’éclat. Mais un coup d’éclat qui reste somme toute assez sombre, car l’historien de l’Eglise Jean Guiraud, pourtant très loquasse, ne fait pas état de sainte Viviane.

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« Je suis dubitatif » ©Jean Guiraud

Mais un voyage reste un voyage, et l’hiver commence sérieusement à se faire sentir, alors cela ne coute rien d’essayer de retracer la vie de Viviane, d’autant que l’histoire se passe à Rome.

Un coup de machine à remonter dans le temps, et paf ! Nous voici au IVème siècle après Jésus-Christ, la religion catholique avait déjà bien percé, puisque nous sommes après l’empereur Constantin, premier chef de l’Empire Romain converti au catholicisme. Une fois le contexte historique posé, abordons le contexte géographique. Quelle didactique aujourd’hui !

Allons plus précisément dans les beaux quartiers romain, dans la maison du préfet de Rome, saint Flavien, l’heureux papa de la petite et prometteuse Bibiane, tendre époux de sainte Dafrose et bienveillant père de sainte Démétrie (encore cette fois-ci, la sainteté est une histoire de famille). Mais ne perdons pas notre temps à parler plus avant de cette sympathique famille, sinon, je n’aurais plus rien à vous raconter lors des prochaines chroniques !

Le crépuscule des Dieux

Présentons sans plus attendre un petit spoil : Bibiane fut canonisée parce qu’elle mourut en martyre. Alors, me direz-vous, et c’est totalement justifié, « pourquoi diantre fut-elle martyre ? Qu’est-ce encore que ces histoires ? Non mais est-ce bien sérieux ? Je croyais que tout allait dans le meilleur des mondes, et que la vie était devenue un long fleuve tranquile pour les chrétiens depuis Constantin ! »

Eh bien pas tant que cela, nous sommes en vérité à une époque charnière, à un intermède sombre pour les chrétiens romains. En effet nous sommes sous le règne de Julien II. Et cela change tout !

Julien était le propre neveu de Constantin Ier, était baptisé, élevé par l’évêque de Constantinople, Eusèbe de Nicomédie. Julien aurait dû donc être un parfait empereur chrétien. Oui, mais voilà, son père et toute sa famille proche, hormis son demi-frère Gallus, ont été assassinés à la mort de Constantin (les successions ne sont jamais faciles !) et lui-même était retenu prisonnier… Tout cela ne favorise pas franchement un amour radieux du christianisme pour le jeune Julien.

Pis, nous étions, à l’époque, en plein conflit au sein même du catholicisme. Les trinitaires étaient en opposition avec les ariens. Or, Julien était éduqué en bon arien. Alors là, je vous sens sceptique, il faut se le dire. Il y a arien et aryen. Si l’aryanisme est associé aux théories racialistes nazies, l’arianisme est tout autre. Cela vient du théologien Arius, qui refusait l’idée de consubstantialité (voilà, voilà !), c’est à dire que pour les ariens, le Christ n’est pas de même nature que le Père. Ce courant, en opposition vive avec la doctrine trinitaire et orthodoxe, a provoqué la tenue du célèbre Concile de Nicée en 325, le premier concile œcuménique. C’est donc en raison de ce débat sur la consubstantialité qu’a été inventée la profession de foi du Symbole de Nicée, que nous chantons (ou disons, cela dépend des paroisses, je ne veux pas faire de jugement) encore aujourd’hui.

Mais l’on s’égare de l’estimable Bibiane

 A vrai dire, on ne sait finalement peu de chose sur sa vie, mais bien plus sur sa mort. Julien II ayant eu la religion chrétienne en horreur, et voulant remettre au goût du jour le paganisme romain, ne trouva rien de mieux que de persécuter à nouveaux les chrétiens. Et la famille de Bibiane, bien que haut placée, n’y fit pas exception, il n’y a qu’à se remémorer l’épisode de sainte Catherine d’Alexandrie. Ses parents périrent en martyrs, et Bibiane ainsi que sa sœur furent enfermées chez elles sans nourriture, dans le but de les faire mourir de faim. On enferma ensuite Bibiane dans une maison close, mais sa virginité fut toujours impeccable ! Pour faciliter la chute de Bibiane, on se décida finalement à l’attacher à une colonne où on la  fit périr à grands coups de cordes plombées, le 2 décembre 363. Sur ce, passons à des données moins tristifiantes!

L’instant #JimpressionneDansLesDîners : Avec la doctrine trinitaire, nous avons employé le mot « orthodoxe » : celui vient du grec « voie droite », par opposition à l’hérésie du grec « haireo » qui veut dire choix.

Voilà, sur cette petite leçon de grec, je vous dis à demain pour de nouvelles aventures sur la route des saints !

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